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Larmor-Plage, le 12 Juillet 2008
L'Art Ensemble of Brest invite:
François Corneloup: Christophe Rocher (clarinettes), Matthieu Letournel (tuba), Nicolas Pointard (batterie) et François Corneloup (saxophone baryton).
Stéphane Kerecki Trio: Matthieu Donarier (sax soprano, sax ténor), Stéphane Kerecki (contrebasse), Thomas Griomonprez (batterie).
L’association Hop’njazz fort active en Pays de Lorient organisait une journée de jazz à
Larmor Plage, ville balnéaire sinistrée par le mauvais temps, avec deux concerts diurnes de l’Art Ensemble of Brest réduit aux
trois cinquièmes (le groupe compte habituellement une trompette tenue par Philippe Champion et une deuxième batterie entre les mains de Christophe Lavergne) et une soirée autour du trio de Stéphane Kerecki.
Concert de midi à la très accueillante Villa Margaret, concert de 17h à la Pointe de Toulhars, au terrain des boulistes. Public frigorifié, mais suffisamment captivé pour ne pas céder sa place,
devant les grooves malins imaginés par Christophe Rocher. Retardé sur la route, je n’assistais qu’aux derniers moments du concert, porté par la batterie facétieuse de Nicolas Pointard et le tuba hyperactif de Matthieu Letournel. François Corneloup suivait les partitions avec un mélange d’investissement et de décontraction caractéristique du
sérieux qu’il met dans tout ce qu’il entreprend, qu’il s’agisse de jouer en plein vent devant un public de badauds ou dans un théâtre bondé d’amateurs. Il nous livra ainsi un long méandre nerveux
de la plume de Christophe Rocher sur lequel il improvisa ensuite avec une ferveur qui
n’appartient qu’à lui, relayé par la clarinette basse du leader constamment sur la brèche pour animer cette musique jamais très éloignée du théâtremusical.
Changement d’ambiance le soir. Public moins familial, hélas assez maigre, mais profitant pleinement de l’atmosphère d’intimité que génère cette salle de fête aux allures pourtant peu
accueillantes à première vue, mais d’une acoustique idéale. Jouant sans autre soutien qu’un ampli pour la contrebasse, le trio joue pleinement la carte de cette proximité, Thomas Grimmonprez
respectant l’équilibre des volumes, Matthieu Donarier jouant sur le déplacement de ces saxophones dans l’espace. Le répertoire de Stéphane Kerecki encourage encore cette convivialité, avec une musique pourtant sans concession, mais d’un
lyrisme irrésistible qu’amplifie la chaleur des timbres, la fluidité des échanges, la décontraction du jeu. Thomas Grimmonprez incarne à lui seul, avec une délicatesse inouïe, ces trois paramètres pourtant partagés
par ses deux comparses, et l’on se laisse embarquer par cet art qui hésite entre art dramatique, musique de chambre et swing à l’état pur. Un swing étonnamment contemporain, une interactivité de
tous les instants, mais affranchi de tout dogmatisme esthétique. Alors que le petit public se retire dans le hall d’entrée, unaninement éberlué par tant de grâce, d’aisance, de faconde, de
générosité des timbres et des rythmes, Matthieu et Stéphane donnent en duo un dernier rappel quasi privé pour un ami retardataire. On se rapproche discrètement pour ce dernier moment de bonheur,
puis on se retrouve un peu plus tard à la villa Margaret où l’on échange ému ses dernières impressions tandis qu’un DJ diffuse l’Art Ensemble of Chicago et Charles Mingus parmi quelques grandes
cires du jazz historique.
Franck Bergerot
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